1920  a 1940
Accueil Remonter Les premiers masques Masques polyvalents Les masques T et TN Le masque M2 L'ARS Masques Tissot App. isolants 1920  a 1940

 

 

Les masques à gaz de l’Armée française.

La protection française contre les gaz de combat

1920-1940

 

Pour plus d'informations sur la protection française contre les gaz de combat durant cette période, voir également nos articles dans Militaria magazine (n°191 et 198).

  Cette page est en préparation...

L'ARS

L’appareil Respiratoire Spécial, ou ARS (distribué depuis avril 1918) est un appareil extrêmement performant. Cependant, un problème avait été soulevé lors de sa mise au point, concernant les pièces en caoutchouc. Ce dernier vieillissait mal et était perméable à certains agressifs (notamment à l’ypérite). Peu de temps après la fin du conflit, les rubans élastiques permettant de maintenir le masque sur le visage sont remplacés par des tendeurs à ressorts métalliques. La couche de tissu caoutchouté de l’enveloppe est remplacée par un tissu cellophané. Enfin, un nouveau caoutchouc de meilleure qualité, plus résistant au vieillissement et imperméable à l’ypérite, est utilisé pour la fabrication du loup tenant les viseurs.

 

Ci-dessus : Appareil ARS d'instruction et son enveloppe protectrice en drap.

 

 

A gauche : Appareil ARS , typique des fabrications de la Première Guerre (tissu extérieur enduit). 

A droite : Masque ARS produit après 1918 (tissu cellophané). 

 

A gauche, vue des sangles en tissu élastique des fabrications de 1917 et 1918.

A droite, les sangles sont constituées de tendeurs métalliques recouverts de tissu.

 

De gauche à droite :

Boîte métallique pour ARS, fabrication de 1917 à juin 1918.

Ajout d’une ceinture de 35 mm de largeur sur le sommet de l’étui, sur laquelle sont agrafés les passants et la charnière du couvercle. Modification adoptée le 31 mai 1918.

Modification des années 1920 : les passants de bretelle sont remplacés par une chape retenant un anneau de passant.

 

1920-1930 :recherches et prototypes.

Les recherches menées après guerre visent surtout à augmenter la durée de protection des cartouches filtrantes et à les rendre efficaces contre les dérivés de la classe des arsines. Le volume et le poids de la cartouche nécessite alors de la séparer du masque en la reliant à ce dernier par un tuyau souple. Jusque 1928, 3 prototypes de masques sont testés :

- Le premier ressemble beaucoup à l’ARS ; il est relié à la cartouche par un tuyau souple et aboutira au masque T31.

- Le second est un appareil dit « semi-rigide », comportant une pièce de la partie antérieure métallique. Il aboutira au masque T36.

- Le dernier est vraisemblablement constitué en caoutchouc et conduira aux masques C35 et C38.

 

L’Appareil Transitoire.

En 1931, les masques en stock sont tous des appareils ARS obsolètes et aucun des prototypes à l’essai n’est adopté. Par mesure d’économie et devant l’urgence de la situation, on propose de produire à peu de frais un appareil dit « transitoire ». Il s’agit simplement d’un ARS dont on modifie l’embase en ajoutant un dispositif spécial coudé, permettant de visser verticalement un tuyau souple. Ce dispositif doit permettre de tirer partie du stock d’ARS existant et même de poursuivre sa fabrication. La production des pièces débute en 1932 et 1 867 000 appareils seront modifiés en 1933. En 1934, ils seront équipés de la galette d’addition modèle 33.

 

Photo à venir.

 

Appareil dit de transition. Il s’agit d’un masque ARS équipé d’une pièce coudée sur l’embase.

 

 

Le masque T31 ou ANP 31

En 1934, la fabrication des masques ARS est arrêtée alors qu’aucune solution de remplacement n’existe (à défaut de crédits suffisant). On décide simplement de modifier les appareils ARS selon un prototype de 1931. Le nouveau masque s’appel Appareil Normal de Protection modèle 1931. Pour passer d’un ARS à un ANP 31, il suffit de démonter son embase et de remplacer sa cuvette avant par une nouvelle, dépourvue de soupape d’inspiration et assurant l’inclinaison verticale du tuyau la reliant à la cartouche.

Le masque est également proposé au marché des appareils de défense passive, alors en pleine expansion. En 1934, il existe 3 565 000 masques transformés et seulement 10 000 ANP 31 sont commandés (on entend ici par ANP 31 les masques issus d’une fabrication nouvelle et non pas ceux issus d’une simple modification de leur embase). Par la suite 1 500 000 exemplaires de nouveaux ANP 31 seront commandés.

 

L’AFM 34.

La Marine souhaitait disposer d’un appareil spécifique répondant à des caractéristiques particulières. Le masque devait offrir un confort respiratoire exceptionnel et donc présenter un maximum de rigidité. La cartouche filtrante ne pouvait être portée en bandoulière, car les coursives des bâtiments offrent juste suffisamment d’espace pour permettre à deux hommes de se croiser. Enfin, il fallait que la prise d’air de la cartouche soit située sur la tête, pour permettre à un homme tombé à la mer de conserver son masque.

 

 

Le masque C35 F.

En 1935 est adopté un des prototypes proposé depuis 1928 : le masque C35F en caoutchouc moulé, avec un système de fixation particulier qui serra repris sur le C38. Ce masque, le C35F, est uniquement destiné aux appareils Fenzy modèle 36.

 

 

Le masque T36.

Il est adopté en 1936 sous l’appellation de masque semi-rigide T36 (T comme Tissu). Remarquablement évolué, il possède une pièce semi-rigide en cuir à l’avant, qui limite les phénomènes d’élasticité pendant la respiration et permet de diminuer le volume mort à l’intérieur. De son embase elliptique débouche deux conduits qui permettent à l’air inspiré, sortant par deux larges lèvres, de balayer les viseurs du masque pour éviter la formation de buée. Le T36 était destiné à remplacer le T31 dans les formations combattantes.

 

Le masque C38.

Dernier né des masques français, il est adopté en 1938 sous l’appellation de masque Caoutchouc modèle 38. Il comporte le même système d’attache amovible que le 35F, partiellement simplifié. Ce nouveau masque devait équiper le personnel appelé à utiliser des instruments d’optique qui était gêné par la rigidité de l’enveloppe du masque T31, qui l’empêchait de coller le visage devant les instruments. Les premiers C38 sont livrés en 1939 mais un lot de 10 000 est refusé pour des raisons que nous ignorons. Par prudence, les 200 000 masques restent en réserve. Le 23 novembre 1939, le général commandant les Forces antiaériennes demande la mise à disposition du C38, ce qui est accordé dans les premiers mois de 1940. Le nombre de C38 distribué reste cependant inconnu à ce jour, car ils entrent dans la comptabilité générale des ANP. Nous ignorons si la série des masques C38 fabriquée à partir de la fin de 1939 était différente de celle de 1938. Au début du mois de mai 1940, plus d’un million de masques C38 devaient être livrés dans les prochains mois. Il semble qu’ils n’aient jamais été livrés et qu’ils aient été reconvertis pour le marché des populations civiles.

 

 

La Protection contre les arsine et les différentes cartouches de protection.

 

Les arsines sont des dérivés de l’arsenic dont certaines possèdent, entre-autres, des propriétés irritantes extrêmement violentes. Elles sont utilisées en étant dispersées sous forme de très petites particules solides formant un nuage de poussière qui traverse le filtre des masques. Pour les neutraliser, on mis au point après-guerre un papier alpha aux pores suffisamment fins pour arrêter les fines particules d’arsines. La production de ce papier débute en 1927 ; il reste alors à créer le dispositif permettant de mettre en œuvre le nouveau filtre. Trois types différents vont se succéder.

De gauche à droite : Cartouche standard d'ARS, cartouche et sa galette d'addition modèle 33, cartouche 35M.

 

La galette d’addition modèle 33

Le dispositif est destiné à tirer partie des stocks de cartouches d’ARS existant. La galette s’adapte sous celle-ci. Les premiers exemplaires fabriqués en 1930 seront réformés car tous défectueux. Les suivants seront livrés en 1933 et équipent les 5 millions de masques de la dotation de 1935.

 

Le bidon ovale modèle 32

L’étude de ce bidon remonte à 1924, depuis le projet d’augmenter la capacité de filtration des cartouches neutralisantes. Il dérive directement du filtre pour appareil Tissot Au fond est disposé deux filtres à arsine du même modèle que la galette modèle 33. Après l’adoption de la cartouche 35 M et de son filtre très performant (disposé en éventail contrairement à celui-ci en accordéon), il sera remplacé par le modèle 38 qui lui possède le filtre des cartouches 35 M.

La cartouche 35 M

Le dispositif est mis au point par l’établissement Fernez. Il s’agit d’une cartouche monobloc avec un filtre en papier alpha disposé en accordéon. Le système se révèle beaucoup plus efficace et la cartouche est adoptée par l’Armée en 1935.

La cartouche 38 M

Elle est extérieurement identique au bidon modèle 32, mais sa base comporte, à la place d’une grille obturée par un bouchon métallique fileté, un large orifice fermé par un bouchon en caoutchouc. Son filtre à arsine est conçu comme celui de la cartouche 35M. 180 000 de ces cartouches sont en service en mai 1940.

 

   

La Guerre chimique et la campagne de 1940.

Force est de constater que la campagne de 39-40 est habituellement décrite sans que l’on mentionne le moindre événement relatif à la guerre des gaz. La plupart des auteurs semblent admettre volontiers que cette période douloureuse de notre histoire est exempte de toute anecdote relative à l’arme chimique.

Pourtant, à peine la guerre était-elle déclarée, que déjà, plusieurs renseignements concordants laissaient supposer que les Allemands se préparaient à l’utilisation de gaz de combat. Vers la mi-octobre, il semble que plusieurs coup de mains réalisés du côté des lignes allemandes, aient permis de découvrir des cylindres de gaz, emplis d’un mélange à odeur d’ail, à base d’hydrogène arsénié. Après confirmation de ces informations, les Services Chimiques français allaient vivre une véritable crise. Et pour cause : l’hydrogène arsénié est, non seulement un toxique aux effets redoutables, mais surtout, il est très mal retenu par les cartouches en usage en 1939 et par les boîtes filtrantes à grand débit des ouvrages de la ligne Maginot. Son instabilité (il est très inflammable) l’avait fait écarter des produits agressifs potentiellement utilisables depuis la Première Guerre, et depuis, aucun moyen de protection particulier n’avait donc été mis au point. L’armée entière devenait donc vulnérable à une attaque chimique par ce nouveau gaz, et particulièrement les ouvrages de la ligne Maginot, dans lesquels l’inefficacité de la filtration obligeait à l’arrêt complet de toute ventilation et de production d’énergie par la centrale diesel-électrique. Toute confusion avec une alerte normale (gaz de combat retenu par les boîtes filtrantes) serait immédiatement mortelle pour tout l’équipage…Une alerte spéciale est donc immédiatement créée avec une codification très particulière pour éviter toute confusion. Elle met en sommeil l’ouvrage entier : arrêt de la ventilation, interruption du tir, fermeture total de l’ouvrage ; la vie est ralentie pour limiter la consommation d’air. Si l’alimentation extérieure de l’ouvrage venait à être coupée, l’éclairage électrique le serait également, et l’éclairage à la bougie devrait être très limité en raison de la forte consommation d’oxygène.

Une solution pour neutraliser l’hydrogène arsénié est aussitôt recherchée et rapidement trouvée. L’urgence de la situation interdisait de mettre en fabrication une nouvelle cartouche de masque, la durée nécessaire étant trop importante. La réaction de neutralisation chimique mise au point, se réaliserait au travers d’une bonnette de tissu fixée sous la cartouche du masque. Les inspecteurs Z de chaque armée reçurent pour mission, d’organiser la fabrication de ce premier modèle de bonnette de fortune, imprégnées de sulfate de cuivre. Le 21 octobre 1939, l’imprégnation est améliorée en ajoutant du chlorure mercurique et en remplissant la bonnette de copeaux de bois. Un deuxième modèle de bonnette de fortune est donc à nouveau fabriqué par chacune des armées, avec un code de couleur permettant de différencier les deux types d’imprégnation. Les boîtes filtrantes des ouvrages finiront par être dotées également d’un produit neutralisant. Un détecteur spécial, confectionné à l’aide de bidons d’essence remplis d’eau se vidant goutte à goutte, et aspirant ainsi l’air extérieur au travers d’un papier réactif spécial, sera mis en place devant chacune des entrées de chaque ouvrage.

Pour remplacer les bonnettes de fortune, qui constituaient une solution d’attente, on fit réaliser un autre modèle de bonnette, baptisé modèle 1939. Les premiers exemplaires seront mis à la disposition de G.Q.G. le 15 février 1940, au nombre de 270 000, directement envoyés aux armée qui en assureront le montage sur les cartouches 35M. Cette opération sera ensuite faite dans les usines de l’intérieur. Elles sont mises en service à partir de 15 avril 1940. Près de 2 millions 300 000  exemplaires seront distribués jusqu’à la fin de la campagne. Enfin, une nouvelle cartouche à charbon spécial protégeant contre l’hydrogène arsénié, appelée cartouche 35Mb, sort des fabriques au début du mois de mai. Elle porte comme marque distinctive un trait diamétral blanc. 40 000 exemplaires arrivent aux armées fin mai 1940.

 

La bonnette contre l'hydrogène arsénié modèle 1939

Voir ci-dessus

La cartouche 35 MB modèle 1940 contre l'hydrogène arsénié.

Voir ci-dessus

 

 

 

Avis de Droit d'auteur : Toutes les photos et les matériels de site Web sont le Copyright 2003 exclusif de l’auteur  ou appartenant aux déposants respectifs avec leur autorisation et ne peuvent pas être reproduits, stockés dans un système de récupération, ou transmis entièrement ou partiellement, par n'importe quels moyens, électroniques ou mécaniques, la photocopie, l'enregistrement, ou autrement, sans la permission écrite antérieure de l'auteur.