L'industrie chimique joua un rôle essentiel dans la Guerre chimique.
Bien évidemment, tous les composés qui furent utilisés sur le champ de
bataille étaient issus de la production industrielle. Mais sont rôle
alla bien au delà. On peut même prétendre que l'utilisation croissante
des agressifs chimiques sur le champ de bataille par les militaires,
pendant la Première Guerre mondiale, répond plus à une volonté
commerciale des firmes chimiques, plutôt qu'une nécessité tactique
militaire.
En Allemagne, le lobbying très puissant de l'industrie chimique s'immisça
très rapidement, et non sans mal, au sein des débats politiques et
militaires. Il s'imposa rapidement au centre de la stratégie économique
du pays dans le domaine de la gestion de la pénurie des matières
premières (pour plus de détails, voir : Les
recherches allemandes).
Dès lors, à peine sa place trouvée auprès des instances militaires,
il se lança dans la conquête d'un marché économique sans précédant,
celui des produits chimiques destinés aux opérations militaires. La
production en grand de composés particulièrement toxiques (tels que la
bromacétone ou le chloroformiate de méthyle chloré), aux effets
suffocants, toxiques et mortels, fut débutée dès décembre 1914, sous
l'impulsion des firmes chimiques. Le
chargement en projectile de ces composés fut réalisé directement dans les ateliers
des firmes. La collaboration entre industriels et militaires ne cessa
de se développer tout au long du conflit. L'armée allemande pu disposer
de grandes quantités de substances toxiques, sans limitation, et garda
tout au long du conflit l'initiative d'introduire de nouveaux composés
chimiques, inédits pour l'essentiel et directement sortis des
laboratoires des manufactures privés.
En France, il n'existait à peu près pas d'industrie chimique avant
guerre. La
volonté de répondre à l'agression allemande par des moyens identiques,
mis en exergue la pauvreté des moyens industriels nationaux. Il fut
nécessaire de mettre sur pied un formidable programme de construction de
centres de production. Cela fut réalisé avec un appui puissant du
pouvoir politique et un soutien technique des laboratoires de L'IEEC. Ce
programme industriel devint bientôt un but de guerre affiché et une
préparation à l'après-guerre. Par tous les moyens possibles, le
renouveau de l'industrie chimique française devait se construire en même
temps que l'organisation de la riposte française. Peu importe si les
opérations militaires appuyées par les nouveaux gaz de combat ne
remportaient pas les succès annoncés, la production de ces toxiques
était devenu une priorité nationale.