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Les munitions chimiques allemandes, 1916.
Au début de l’année 1916, le bilan de l’introduction des munitions chimiques sur l’année 1915 semble médiocre. Depuis la fin de l’année 1915, la production à baissée (24 000 obus par mois fin 1915) et l’apparition de nouveaux appareils protecteurs performants (en France, les masques TN puis M2) semble encore diminuer l’intérêt de la Guerre chimique. Cependant, à partir de mars 1916, lors de l’offensive sur Verdun, l’introduction des obus français emplis de phosgène et leur efficacité jugée comme « surprenante » incita l’Artillerie allemande à demander de grande quantité d’obus chimiques. L’usine chimique Bayer de Leverküsen avait commencé dès juin 1915 la mise en place d’une installation grandiose pour la fabrication du Perstoff (ou SurPalite, chloroformiate de méthyle trichloré) en vue d’une fabrication mensuelle de 300 tonnes. Fin 1915, l’usine Fabwerke de Meister Lucius et Brüning à Höechst am Main avait suivie la voie de l’usine de Leverküsen et construisait une installation pour produire également le Perstoff (dont elle livra 3616 tonnes au total). Ainsi, en mars 1916, la mise en service du Perstoff est décidée. Cette substance avait l’avantage, pour les artilleurs allemands, de pouvoir être détectée grâce à l’odorat, ce qui permettait de déceler une fuite sur un obus (rappelons que les obus allemands, de par leur conception, sont fortement sujets à des fuites des toxiques qu’ils contiennent). Dans un premier temps, l’utilisation de ces nouvelles munitions (77 et 105mm) fut peu fréquente et le nombre d’obus utilisés était peu important. La première tentative eu lieu le 9 mars 1916 près de Douaumont, reconduite les 4 et 5 avril. Puis, le 7 mai à Tavannes, 13 000 obus K2 furent tiré, comme le 19 à Chattancourt. Les 22 et 23 juin, lors de l’assaut de Souville, les allemands utilisent plus de 110 000 de ces munitions. Les services chimiques français ne découvrirent l’introduction de cette munition qu’en juillet 1916 (rapport A. Kling du 26 juillet 1916 ; obus transmis par l’officier chimiste Boy du centre médico légal de Bar le Duc qui a signalé dès le 23 juin). Les calibres utilisés durant l’été 1916 sont de 77mm et 105mm, qui permettent des cadences de tir plus élevées que le calibre de 150. Le 19 mai 1916, les Allemands adopte un nouveau système de codification sur leurs obus. Ces obus sont marqués d’une croix verte qui indique un contenu volatil donc non persistant et toxique.
En novembre 1916, apparaissent les premières munitions emplis de phosgène. Il s'agit alors de munitions de Minenwerfer de 7,5cm, appelées Gasmine. Le phosgène est versé directement dans le corps du projectile, mais l'ogive, habituellement réunie au corps par un pas de vis, est ici soudée de façon à garantir l'étanchéité de l'assemblage. Les allemands craignaient en effet une fuite du phosgène, imperceptible, mais pouvant intoxiquer gravement le personnel manipulant ces munitions ou simplement passant à proximité de ces munitions.
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- Munitions d'artillerie.
Obus croix verte de 77mm (7,7cm selon la dénomination allemande) Cet obus est presque identique au projectile explosif du type K. Gr. 14 lancé par le canon de campagne. Le diamètre de sa cavité intérieure à été augmenté ; il est de 45mm pour une épaisseur de ses parois de seulement 15,5mm. Il s’agit d’un projectile monobloc, de 243 mm de hauteur (sans fusée) , d’un poids voisin de 7,100kg. Le volume de toxique est de 300ml (0,480kg), soit un rendement de 4,2%, ce qui est particulièrement faible. Il est muni d’un fusée type K.Z. 14, fusée percutante et sans retard. Le détonateur secondaire est constitué d’une charge de 20g d’acide picrique capable de déterminer une fragmentation très grossière des parois de l’obus. Dans les filets de la fusée ainsi que dans ceux du détonateur secondaire, a été coulé un ciment qui assure l’étanchéité. Le toxique (surpalite ou chloroformiate de méthyle trichloré) est coulé directement dans le corps de l’obus. A leur introduction, ces obus semblent peints en rouge foncé et leur ogive en jaune.
Obus croix verte de 105mm (10,5 cm selon la dénomination allemande) Cet obus est identique à l’obus explosif type Lange F H Gr. Lancé par l’obusier léger de campagne (voir les projectiles de l'année 1915). Sa hauteur totale est de 378mm ; sa ceinture d’une largeur de 12,5mm est située à 28 mm du plan du culot. Il possède une ogive vissée dont la hauteur verticale extérieure est de 53mm. L’épaisseur moyenne des parois est de 14mm. Cet obus est peint en bleu. Il et muni d’une fusée type H.Z. 14, percutante sans retard ; elle possède un détonateur secondaire chargé de 55g d’acide picrique. Cette charge fragmente l’obus en éclats assez gros. Un ciment est coulé dans les pas de vis pour l’étanchéité. Le liquide asphyxiant est directement coulé dans l’obus. Il s’agit de surpalite ou Perstoff. Le poids total est de 16,01kg ; le volume utile est de 1400ml soit un rendement de 9,3%.
Obus croix verte de 150mm Ces obus sont identiques à ceux décrits auparavant (obus T et obus K de 150mm ; voir année 1915) mais emplis de surpalite. Nous ignorons précisément la date de leur apparition. Elle semble plus tardive que les calibres de 77 et 105mm.
L’utilisation des munitions de 77 croix verte sera peu fréquente mais toujours en grande quantité. Les principaux obus utilisés seront les croix vertes de 105 et de 150 mm, particulièrement à la fin de l’année 1916 où l’utilisation des 77 semble abandonnée (certainement pour leur faible rendement). L’utilisation des obus lacrymogènes de 150 (obus T et obus K1) reste encore très importante ; ils sont souvent associés aux obus croix verte de 105mm.
2 - Projectiles de Minenwerfer ou Gasmine.
Les premières de ces munitions pour minens apparaissent à la fin de l’année 1916. Certains sont alors chargés en phosgène ; ils sont d’ailleurs les premiers projectiles emplis de ce dangereux toxique utilisés par l’Allemagne. On peut comprendre la réticence des ingénieurs allemands à utiliser ce toxique dans des munitions chimiques, puisqu'il présente l'inconvénient de n'agir que quelques heures après son inhalation. Cela peut engendrer de sérieuses difficultés de manutention, principalement par ce que sa volatilité est susceptible de donner lieu à des fuites importantes dans les munitions à culot et ogives rapportées.
Gasmine
de 7,5 cm, D. Stoff premier type ou ancien modèle. C’est le premier projectile de ce type trouvé par les services chimiques français. C’est un projectile monobloc en acier, ressemblant au minen explosif de même calibre et dont l’ogive et le culot sont réunis au corps de l’engin par soudure autogène (pour éviter tout problème de fuites). La hauteur totale du projectile, sans la fusée, est de 275mm (238mm pour le modèle explosif); l’épaisseur de sa paroie est comprise entre 3mm et 6mm. Il est muni d’une ceinture en zinc à 6 rayures séparées. L’œilleton destiné à recevoir la collerette vissée de la fusée est prolongée par une gaine au fond de laquelle se trouve une charge cylindrique d’acide picrique tassé de 18 grammes. Cette gaine est percée en son fond d’un orifice par lequel, au moment du remplissage, on introduit le phosgène. L’étanchéité est assurée à l’aide d’une série de disques de plomb et d’acier emboutis à la presse. Le projectile est armée d’un fusée L.W.M.Z.dr (à goupille de sécurité à deux branches), son détonateur au fulminate est en contact direct avec le cylindre d’acide picrique destiné à provoquer l’ouverture de l’engin. Le poids total est voisin de 4,346 kg, le volume du récipient à phosgène étant de 700ml ; ce dernier ne contient que 450cc de liquide, (son rendement est donc en réalité de 10%, 16% étant le rendement théorique). Il est peint en gris clair et porte 3 bandes circulaires blanches au voisinage de l’ogive ; la lettre D est imprimée en noir vers le milieu de sa hauteur.
Gasmine
de 7,5 cm, D. Stoff deuxième type ou nouveau modèle. Le premier de ces projectiles est découvert le 23 décembre 1916, dans la région de Chilly-Maucourt. Il possède une forme légèrement différente du premier type, mais il en reste très proche. L’orifice de remplissage percé dans le fond de la cavité tubulaire servant de logement à la charge de rupture est obturé par un bouchon fileté qui vient serrer une rondelle de plomb formant joint. La capacité intérieure est de 740cc. La hauteur totale est de 317mm, 275mm sans la fusée. Il est peint en gris et porte 6 bandes circulaires blanches (3 vers l’ogive et 3 sur le corps au dessus de la ceinture).
Gasmine
de 7,5 cm, C. Stoff à chemise de plomb. Le premier de ces projectiles est découvert le 18 décembre 1916, dans la région de Verdun. Il ressemble pour beaucoup au projectile du premier type, mais renferme un récipient en plomb destiné à contenir la substance toxique. Ce récipient est d’une capacité de 540cc, découpé dans une feuille de 1mm d’épaisseur environ. Il porte en son fond un trou qui est obturé, après le remplissage, à l’aide d’un bouchon de plomb fixé par soudure. Le récipient est calé dans le projectile à l’aide d’un ciment à l’oxychlorure de magnésium qui pénètre facilement dans les filets de l’ogive de telle sorte que celle-ci, une fois mise en place, ne peut plus être dévissée. Pour la commodité du chargement, il possède une ogive tronconique se vissant sur le corps de l’obus, au lieu d’y être soudée. Ils sont toujours armés de la fusée L.W.M.Z. et d’un détonateur secondaire de 25g d’acide picrique. Le poids total est de 5,160kg, le volume de 540cc soit un rendement de 10,4%. La lettre C est peinte en rouge sur le corps du minen indique son chargement, du chloroformiate de méthyle trichloré ou surpalite.
Ces Gasminen se différencient à l’oreille des Minenwerfer explosifs par le peu d’intensité de leur détonation.
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