Allemandes 1915
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Les munitions chimiques allemandes, 1914 à 1915.

 

Moins de deux mois après le début des hostilités et après la défaite de la Marne, la déconvenue du haut état-major allemand (Oberste Heeresleitung ou OHL) est complète. La campagne qui devait être courte s'enlise et le front se stabilise. L'OHL remplace von Moltke, alors chef d'état-major, par Falkenhayn. Ce dernier, souhaitant par dessus tout retrouver la mobilité sur le front, charge le major Max Bauer de superviser des recherches, ayant pour mission de développer une munition chimique, capable de déloger un adversaire de retranchements inaccessibles à l'artillerie classique. Le Major Bauer nomme une commission scientifique, sous la direction de Walther Nernst, chargée de mener les recherches. Elles aboutissent très rapidement (ce qui permet de supposer qu'elles avaient été débutée avant guerre), le premier toxique utilisé est le chlorhydrate de dianisidine, dont le nom de code est Niesgeschoss.

Les obus de 105 mm "Ni".

Le 29 octobre 1914, les allemands envoient 3000 obus «Ni» de 105 mm contenant du chlorhydrate de dianisidine (Ni-geschoss ou Niesgeschoss, Nies pour Niespulver qui signifie poudre éternuante) sur Neuve-Chapelle, lors d’une offensive. Le toxique (environ 550g, fabriqué par la Farben fabriken de Friedrich Bayer)), sous forme de poussière fine, est placé à côté d’une charge explosive et de schrapnells dans le corps de l’obus. Ce produit, irritant pour les yeux et le nez, ne semble pas avoir été suffisamment efficace puisque l’expérience ne sera pas réitérée et le projet abandonné. Les troupes françaises, lors de cette attaque ne remarquèrent même pas qu'elles étaient victimes d'un bombardement chimique.

 

Les obus T de 150 mm.

Les Allemands semblent cependant déterminés à franchir un cap dans la guerre chimique, espérant trouver dans l'utilisation de cette nouvelle arme un moyen de percer le front. Dès la fin de l’année, les recherches visant à la fabrication d’un obus toxique sont poussées à fond. Pour mener ses recherches sur l’arme chimique, Fritz Haber (voir : Introduction ) forme une équipe de huit chimistes, dont trois futurs prix Nobel : James Franck, Gustav Hertz et Otto Hahn. Le major Bauer se charge d’obtenir le soutien des industriels, et les résultats dépassent ses espérances puisque la firme Bayer, dirigée par Carl Duisberg, se propose de mettre l’appareil productif du Cartel des colorants au service de la recherche sur les gaz de combat. La firme Bayer propose d’utiliser le bromure de xylyle, un puissant irritant oculaire, l’idée ayant été suggérée par ailleurs par le docteur Tappen (Hans Tappen est le frère d'un conseiller de Falkenhayn, Gerhard Tappen). La synthèse du bromure de xylyle (T Stoff) est réalisée par bromuration des huiles légères, provenant de la distillation des goudrons. On obtient en réalité un mélange complexe, contenant de nombreux dérivés, appelés plus généralement bromures benzyliques, dans lequel le bromure de xylyle domine. Les vapeurs de ces substances sont extrêmement irritantes pour les yeux, et leur odeur rappelle un peu celle que possèderait un mélange d’essence d’amandes amères et de formol. La toxicité est très faible, mais la puissance lacrymogène est énorme, pour un seuil d’action assez bas. La faible volatilité de ces substances rend leur évaporation très lente, et assure ainsi la persistance de leurs effets ; autre avantage : leurs vapeurs sont très denses, et s’accumulent au fond des tranchées. 

L’équipe de chercheurs se heurta à de nombreux obstacles. La présence d’un liquide dans le corps de l’obus cause de sérieuses perturbations balistiques. Le mélange est très corrosif, et se décompose au contact du fer, aussi est il enfermé dans un cylindre de plomb à l'intérieur du corps de l'obus. Pour le charger dans une munition, les Allemands modifient leur obus de 150 mm modèle 1912, en supprimant la charge d’acide picrique, et en la remplaçant par une autre, bien plus faible, de tolite. Cette dernière est placée au dessus du cylindre de plomb, contenant 2,3 litres de toxique. Le poids total de l’obus est voisin de 43,5 kg, et il peut être envoyé jusqu’à une distance de 7 à 8 km. La production est lancée, et les premiers essais sur le terrain ont lieu le 31 janvier 1915, sur le front oriental, à Bolinov en Russie. 

A gauche, obus T de 150 mm

Mais les résultats sont loin d'être ceux escomptés, car les basses températures de l’hiver empêchent la vaporisation du produit sur le terrain. L’équipe de Haber, de son côté, travaille sans relâche sur le chargement d’obus en phosgène et en oxyde d’arsenic. Mais un grave accident compromet l’avance des travaux au mois de janvier. Lors d’un essai de chargement d’obus, le laboratoire saute et tue sur le coup Otto Sackur, un spécialiste de la thermodynamique, et blesse grièvement son collaborateur, Gerhard Just. Cet accident survenant en même temps que l’échec des essais de l’obus T, semble avoir freiné, dans un premier temps, les recherches de dispersion de toxiques par munitions d’artillerie pour privilégier celles de dispersion par vagues gazeuses dérivantes.

La première émission de chlore par vague gazeuse du 22 avril 1915, malgré des résultats locaux importants, fut également un échec. Faute de moyens importants, elle fut réduite à une offensive de faible envergure. La surprise passée, les Alliés s'étaient munis d'appareils protecteurs rudimentaires mais suffisamment performant pour réduire le potentiel des vagues gazeuses. Pour rendre son efficacité aux opérations chimiques, les chercheurs allemands décident d'introduire de nouvelles substances, plus toxiques et dont il est plus difficile de se prémunir à l'aide d'appareils protecteurs de fortune. 

 

De nouvelles substances agressives.

Le brome est le premier de la série, chargé en grenades (voir : La diversification des substances agressives) et en projectiles de Minenwerfer auxilliaires. C’est un liquide répandant des vapeurs rouges-brunes, très lourdes (deux fois plus denses que le chlore), fortement irritantes pour les yeux et les voies respiratoires et possédant les mêmes propriétés suffocantes que le chlore. Toutefois, si le chlore ne devient lacrymogène qu’à de fortes concentrations, le brome possède une action très irritante pour les yeux à des teneurs très faibles. Il est retenu par les compresses à l’hyposulfite, mais irrite très fortement les yeux non protégés. D’autres substances, comme l’éther bromacétique (B Stoff) (également chargée dans les grenades suffocantes françaises) et surtout un mélange d’anhydride sulfurique et de chlorhydrine sulfurique (C Stoff), sont également utilisés. Ce dernier produit des fumées opaques, légèrement suffocantes. En contact avec la peau, il produit des brûlures graves et douloureuses.

A partir de la fin du mois de juin, les Allemands développent des attaques chimiques d’envergure, en n’utilisant que des projectiles pour répandre leurs toxiques, mais en quantité importante. La première de ces attaques à lieu le 20 juin 1915, dans le bois de la Grurie, lors de l’offensive générale allemande en Argonne, qui débute ce même jour. 20 000 à 25 000 obus de 150 mm tombent sur 1800 mètres de largeur et 150 mètres de profondeur, entre la première et la deuxième ligne française. A l’éclatement, apparaît une fumée blanche qui agresse les hommes qui l’inhalent. Ceux-ci appliquent immédiatement leur compresse, mais elle ne leur confère aucune protection et la zone infestée devient intenable. Cette attaque inaugure l’utilisation d’une nouvelle substance agressive, dispersée par obus T, le bromure de benzyle. C’est un produit fortement lacrymogène et également légèrement toxique. Sa faible volatilité rend son évaporation très lente et assure la persistance de ses effets pendant de nombreuses heures. Les vapeurs sont très denses et s’accumulent dans les bas fonds. Mais surtout, elles percent la protection des compresses neutralisantes.

Les Allemands vont rapidement multiplier leurs attaques par lacrymogènes sur tout le front, en obtenant de nombreux succès locaux. Le 30 juin 1915, l’offensive allemande en Argonne s’étend. Les troupes du Kaiser tentent une nouvelle percée à l’aide d’obus toxiques. De nombreuses positions françaises deviennent rapidement intenables, noyées sous d’épaisses nappes de gaz. Le lendemain, 1er juillet, le village de la Harazée est « saturé de gaz », obligeant les troupes françaises à céder du terrain. L’offensive se calme jusqu’au 13 juillet, jour durant lequel de nouvelles attaques par munitions chimiques se développent, notamment au bois de la Chalade. Le lendemain, sans aucune préparation et déjà désorganisées par l’attaque de la veille, les troupes françaises s’élancent à la reconquête du terrain perdu ; elles seront balayées sur place par la résistance ennemie. Le 16, suite à une nouvelle attaque par munitions chimiques, notamment avec l'utilisation d'obus à palite, les Allemands capturent un grand nombre de soldats français, alors sans protection efficace contre les puissantes substances lacrymogènes. Malgré ce succès local, les Allemands ne percent pas le front et l’introduction de ces nouvelles substances toxiques est un nouvel échec en ce sens.

C’est également à la fin du mois de juin que les Allemands utilisent pour la première fois la substance qui restera la plus dangereuse de toutes celles utilisées pendant l’année 1915. Ce nouveau produit, extrêmement toxique est le chloroformiate de méthyle chloré (K Stoff), envoyé dans des obus de 170 mm, le 18 juin 1915 à Neuville-Saint-Vaast. Kling récupérera un échantillon, l’analysera et l’appellera palite, puisqu’il l’avait identifié au laboratoire municipal de la ville de Paris. C’est un dérivé du phosgène qui constitue un lacrymogène énergique et qui possède des effets suffocants  puissants. On considère que sa toxicité est environ dix fois supérieure à celle du chlore. Au contact de l’air, elle fume légèrement et s’évapore assez rapidement en produisant des vapeurs suffocantes. Cependant, elle a l’avantage d’être beaucoup moins volatile que le phosgène, et par conséquent, de produire des effets plus prolongés sur le terrain. Le produit utilisé par les Allemands n’est pas le chloroformiate de méthyle chloré pur, mais un mélange de celui-ci avec des dérivés plus chlorés qui accroissent les propriétés lacrymogènes. Les lésions déterminées par la palite sur les poumons, apparaissent soit immédiatement, soit au contraire assez tardivement, mais, dans un cas comme dans l’autre, sont en général très grave.

Kling met en garde la Commission de protection, car ce toxique, le plus actif de ceux alors utilisés, n’est pas retenu par les appareils de protection imbibés d’hyposulfite. L’introduction de la palite chargée en obus, marque une nette progression dans l’utilisation des substances agressives, mais n’empêche pas à l’Allemagne de poursuivre avec l’utilisation de nouveaux toxiques.

Dès la fin de juillet (aucune date précise identifiée à ce jour), apparaît la bromacétone (B Stoff). C’est un liquide rouge-brun, qui produit des vapeurs particulièrement irritantes pour les yeux et possède également des effets suffocants, qui peuvent se révéler mortels, si la durée d’exposition est prolongée. Les Allemands augmenteront encore ses propriétés agressives, en enrichissant leur bromacétone de dérivés dibromés, plus puissants et plus persistants.

Puis, au mois d’août, c’est la bromométhyléthylcetone (Bn Stoff) qui apparaît. Son action est encore plus forte que la bromacétone et, comme cette dernière, elle traverse les appareils de protection alors en usage.

Parallèlement à la diversification des substances agressives, les Allemands développent de nouveaux moyens de dispersion par projectiles, en concevant des munitions mieux adaptées à ce rôle. Le but est de disposer d’un éventail de toxiques chargés en obus, adapté a chaque type d’objectif. Par exemple, les substances aux effets persistants (principalement T Stoff) seront utilisées pour interdire à l’ennemi certains points névralgiques : Postes de Commandement, carrefours stratégiques, nids de mitrailleuses, batteries… Cette technique demande alors un tir initial soutenu, suivi par un tir d’entretien régulier, de telle sorte que les apports de substances agressives soient supérieures aux pertes dans l’atmosphère.

A l’inverse, les substances qui se diluent rapidement et dont l’effet est fugace (K Stoff), sont utilisées contre des positions d’où ils veulent chasser rapidement l’ennemi, mais qu’ils ont l’intention d’utiliser rapidement.

La conception des munitions qui sont chargées de réaliser la dispersion des toxiques, a un rôle déterminant dans l’efficacité de ces substances. Nous allons brièvement passer en revue les différents types utilisés par les Allemands durant l'année 1915. Ils se divisent en trois catégories : grenades, projectiles de Minenwerfer et obus spéciaux.

 

I - Les projectiles de Minenwerfers.

On distingue deux catégories de minenwerfer : les projectiles de minenwerfers auxiliaires, très rudimentaires et les projectiles réglementaires, qui sont très proches des obus classiques, et d’ailleurs munis de fusées.

- Projectiles de minenwerfers auxiliaires.

Leur portée ne dépasse pas quelque centaines de mètres, pour une précision à peu près nulle. Deux modèles se sont succédés.

Le premier n’a, semble t’il, été utilisé qu’au début des premières attaques lacrymogènes, à la fin du mois de juin 1915. Il est constitué par un tuyau de poêle en tôle, de 390 mm de long et d’un diamètre de 90 mm. L’une des extrémités est obturée par une plaque soudée, l’autre par un bouchon en bois, maintenu par deux vis. Au centre de ce bouchon, est vissé un écrou traversé en son centre par un canal dans lequel s’engage un cordon Bickford. Il aboutit à une charge de poudre noire, suffisante pour faire sauter le bouchon, mais insuffisante pour déchirer les parois du tuyau. Cette charge provoque l’ouverture de l’engin de tel façon que le liquide est simplement répandu sur le sol, mais non pulvérisé ou vaporisé, ce qui, en le dispersant de façon exagérée, nuirait à son efficacité. Dans ce tuyau sont introduits deux flacons bouchés, contenant chacun environ 2 kg de brome. Pour éviter qu’ils ne se brisent avant l’explosion de l’engin, les flacons sont soigneusement calés à l’aide de sable.

Le second type succède au premier, vraisemblablement dès la fin de l’été 1915. De même diamètre que le précédent, il est cependant moins long : 280 mm. Peint en gris, il comporte les inscriptions suivantes : « B-Stoff-Hoechst am Mein ». A l’intérieur du cylindre, se trouve une boite également cylindrique, en plomb, destinée à recevoir la substance agressive. Le fond de cette boîte présente une invagination dans laquelle vient se loger une gaine contenant la charge de rupture. Ces projectiles sont remplis, le plus souvent, de bromacétone.

Ci-dessus : Projectile de Minenwerfer auxiliaire de 90 mm premier type (Brome). Ci-dessus : Projectile de Minenwerfer auxiliaire  de 90 mm second type (Bromacétone).

 

- Projectiles réglementaires.

Ils sont lancés par un Minenwerfer rayé, de 170 mm, tirant sous un angle voisin de 45° et dont la portée maxima est de 1000 m. Ils ne sont pas exclusivement utilisés pour produire des atmosphères agressives, mais également comme projectile explosif.

A gauche : Minenwerfer de 210mm. A gauche : Fusée de type ZmWM (Zünder mitterer Wurf Mine), fusée pour mortier lisse de tranchée. Fusée percutante et à temps à double effet réglable : percutant ordinaire où à temps.

D’une manière générale, ce type d’engin est armé d’une fusée à double effet, de type Z. m. W. M. et dont la caractéristique est de pouvoir fonctionner indifféremment suivant que le projectile tombe sur la pointe ou le culot. Le corps du projectile est en tôle d’acier de 6 mm d’épaisseur ; il possède un culot vissé et son diamètre est de 168 mm. Leur hauteur est de 628mm pour un poids de 42kg environ. La chambre intérieure de l’obus comporte deux modes de chargement différents :

Le premier a été utilisé pour la première fois dans le Nord, à Neuville-Saint-Vaast, le 18 juin 1915. Il a surtout été employé durant l’été 1915, puis son usage a disparu au profit du second. Il contenait deux boîtes cylindriques superposées et hermétiques, maintenues en place à l’aide de paraffine coulée à chaud. La première, en plomb et d’une capacité de 2,4 l, contenait du chloroformiate de méthyle chloré ou palite. La seconde, en fer blanc et d’une capacité voisine de 3 l, contenait du chlorosulfate de méthyle. Leur rendement est d'environ 12,8%.

Le second type est à récipient unique, en plomb. Il contient généralement de la palite, et parfois de la bromométhyléthylcétone.

A gauche : Projectile de Minenwerfer de 170 mm à deux récipients (chargement : chloroformiate de méthyle chloré ou palite + chlorosulfate de méthyle).

 

A gauche : projectile de Minenwerfer de 170 mm à récipient unique (chargement : palite ou bromométhyléthylcétone). 

Hauteur : 460mm (635mm avec fusée), diamètre extérieur : 152mm environ,  épaisseur : 2mm environ, capacité intérieure : 7,7l. Rendement environ 18,3%.

 

L’ouverture de ces projectiles, qu’ils appartiennent à l’un ou l’autre modèle, est réalisée par un charge de tolite (500g), suffisante pour permettre à la paroi de se déchirer, mais non pour projeter à distance les liquides agressifs, ce qui leur ferait perdre une partie de leur efficacité en les diluant. En outre, deux modes de disposition de la charge, permettent de déchirer le projectile différemment (au niveau de l’ogive ou tout le long du corps de l’engin), suivant que l’on veut répandre plus ou moins rapidement sur le sol les liquides qu’ils contiennent. Par cet artifice, la persistance du produit  peu encore être modifiée.

Tous ces projectiles sont peint en gris ; ceux chargés en palite portent vers le haut de l’ogive deux cercles de peinture jaune ou blanche. Ils portent également en caractères noirs ou rouges différentes indications.

II - Les obus spéciaux.

Ces projectiles sont majoritairement représentés, durant l’année 1915, par des projectiles de 150 mm.

Cependant, les Allemands utilisent parfois un obus de 105 mm (Vers. F.H.Gr., à ogive vissée), lancé par l’obusier léger de campagne modèle 1898-1919 (L.F.H.). Ils sont amorcés à l'aide de fusée H.Z. 14 ou HZ 05 Gr. Le poids total est voisin de 15kg, sa hauteur de 378mm (hors fusée) et l'épaisseur des parois est de 14mm. Peu de ces projectiles seront retrouvés et analysés et nous ne disposons que de peu d’informations à leur sujet (pour les munitions utilisées en 1915). Ils contiennent un récipient de plomb, renfermant des bromures de benzyle et de xylyle. Il semble que leur usage se soit légèrement développé au cours de l’année 1916.

Obus chimique de 105 Vers.F.H.Gr à ogive vissée, lancé par l'obusier léger de campagne modèle 1898-1909 L.F.H.

Poids total : 15 kg, hauteur : 378 mm (sans la fusée), épaisseur de la paroi : 14 mm.

 

A gauche : Fusée type HZ05Gr (Haubitz Zünder 1905 Granate), fusée percutante et à triple effet réglable : percutant ordinaire ou retardé et à temps.

A droite : Fusée type HZ14, fusée percutante  à effet unique ordinaire, ici dans sa version avec goupille de sûreté et verrou centrifuge.

 

 

 

 

Le type le plus couramment utilisé est donc l’obus de 150 mm modèle 1912 (15 Gr. 12), qui se prête très bien au chargement de substances toxiques grâce à son culot arrière vissé, et dont la capacité convient parfaitement pour disperser de grandes quantités de substances. La charge de tolite que renferme ces obus spéciaux, est relativement faible ; les 1,5kg d'explosif sont coulés dans l'ogive dans laquelle vient se loger la fusée. Lors de son explosion, l’enveloppe se sépare en fragments peu nombreux, et ne produit que de très faibles entonnoirs. Le bruit de l’explosion est d’ailleurs caractéristique, ressemblant à celui d’un obus faisant un raté, ou encore comparé à celui de vaisselle se cassant. Le liquide contenu dans la boîte de plomb est peu dispersé et se répand sur le sol simplement sous forme de flaque. L’atmosphère toxique obtenue est alors maximum, mais peu étendue. Ces obus sont chargés de diverses substances. Le premier utilisé est l’obus T à bromure de xylyle. A partir de juin 1915, il contient un mélange de bromure de benzyle et de xylyle. Vraisemblablement à partir du mois d’août 1915, un nouvel obus chargé en bromométhyléthylcétone, ou les dérivés dibromés beaucoup plus agressifs dominent, fait son apparition. Il est appelé obus K1 . Peu de temps après, un obus K2, chargé de palite, est également introduit. Il porte une bande de peinture jaune au sommet de l’ogive pour le distinguer du précédent.

Obus chimique de 150 mm modèle 1912, tiré par l'obusier lourd de campagne S.F.H. modèle 13. Cet obusier constitue l'arme principale de l'artillerie lourde de campagne. 

Poids total : environ 43,5kg, épaisseur des parois : 19,5mm, ceinture de cuivre placée à 25mm du plan inférieur du culot. Volume de toxique : 2,3l. Rendement : 5,3%.

Chargement :

Obus T : bromure de benzyle et de xylyle (T Stoff). 

Obus K1 : dérivés bromés et dibromés de méthyléthylcétone (Bn Stoff)

Obus K2 : chloroformiate de méthyle chloré ou palite (K Stoff)

Obus T : bromure de benzyle et de xylyle (T Stoff). Peint en gris, porte au sommet de l'ogive une bande de peinture noire. Sur le corps de l'obus est peint la lettre T, la date de chargement, des notations indiquant le lieu de chargement (exemple : 165 A.B.15).Le récipient en plomb ne porte habituellement aucune inscription. Le volume de ce dernier est de 2.360 litres, pour environ 3 kg de toxiques. Les bromures lacrymogènes sont constitués par un mélange à proportion variable de carbures benzéniques (15 à 20%), de dérivés monobromés (40 à 50%) et dibromés (25 à 30%).

Obus K1 : dérivés bromés et dibromés de méthyléthylcétone (Bn Stoff)

Obus K2 : chloroformiate de méthyle chloré ou palite (K Stoff)

A gauche : fusée type GrZ04 (Granat Zünder 1904), Fusée percutante à double effet avec réglage : instantané ou ordinaire.

 

Il est curieux de constater que l’introduction de ces nouvelles armes chimiques, particulièrement puissantes puisque traversant les appareils protecteurs à hyposulfite (et même les premiers appareils polyvalents), n’est pas exploitée par les Allemands dans un but de rupture du front, mais déjà plutôt comme un moyen de harcèlement de l’ennemi. En réalité, l’arme chimique, développée à l’origine dans un but offensif, va s’avérer un puissant allié dans les opérations défensives allemandes, et contribuera à enrayer les offensives françaises de l’année 1915.

Utilisation des obus spéciaux.

Les obus chimiques utilisés par les allemands pendant l’année 1915 sont presque exclusivement constitués par des projectiles de 150 mm, appartenant au type T et au type K. Les projectiles de Minenwerfer sont surtout utilisé comme moyen complémentaire lors de ces attaques.

 

Ces obus ne donnent des résultats appréciables que dans certaines conditions :

- Temps calme, avec un vent ne dépassant pas 2m/s. Il est en effet indispensable que la quantité de substance agressive apportée par le bombardement soit supérieure aux pertes dues à la diffusion dans l’atmosphère. Pour ces raisons, les attaques sont souvent dirigées contre des objectifs en terrain boisé ou contre des abris soustraits à l’action du vent.

- Utilisation de quantité importante.

- La température est un facteur essentiel. En hivers, lorsque la température est inférieure à 0°C, elles ne peuvent être réalisées qu’avec des substances volatiles (K1 et K2). A l’inverse, par temps chaud, ce sont surtout les obus chargés en substances peu volatiles (T) qui sont utilisés.

 

Les Obus T répandent des substances peu volatiles dont les effets vont persister plusieurs heures. Ils sont destinés à créer des barrages permanents que les troupes assaillantes ne traversent pas. En arrière des premières lignes, ils forment un barrage destiné à empêcher l’accès des réserves ou la retraite des troupes, ou bien de déloger les observateurs d’artillerie, de neutraliser un batterie d’artillerie que les obus explosifs ne peuvent atteindre. Ils permettent également d’isoler les troupes des postes de commandement, en encerclant ces postes dans une zone agressive. Pour permettre aux troupes assaillantes de pénétrer ces barrages, les Allemands ménagent parfois des couloirs larges de plusieurs dizaines de mètres par lesquels ils font avancer leurs colonnes d’assaut. Avec les obus T, une fois le rideau agressif formé, un tir relativement lent d’entretient suffit à entretenir l’atmosphère contaminée.

 

Les obus K sont surtout employés contre des positions d’où ils veulent chasser rapidement l’ennemi, mais qu’ils ont l’intention d’occuper rapidement. Le tir est alors réalisé en un temps très court et est très nourri.

 

Lors des attaques réalisées par obus chimiques en 1915, ce sont surtout les obus T qui ont été utilisés. Nous verrons que c’est exactement l’inverse qui se produira à l’été 1916. La portée des obus de 150 mm avoisine les 7 à 8 km ; toutes les parties du front sont donc susceptibles d’être soumises à une attaque chimique.

 

 

Quelques attaques par obus spéciaux :

 

Attaques en Argonne du 20 juin au 16 juillet 1915.

 

Attaque dans les Vosges du 31 août 1915 (rapport Kling du 24 septembre 1915) :

Positions du Linge attaquée par obus T de 150 mm, de façon à créer un barrage sur la zone de terrain entre les 1er lignes et les renforts. Bombardement de 12h à 18h. Les effets ont persisté durant 48 heures. On observe chez les intoxiqués : irritation oculaires, maux de tête et vomissements. L’attaque à donné quelques succès ( ??).

 

Attaque en Argonne, La Harazée, le 8 septembre 1915, sur la 19e et 131e D.I.. Entre La Chalade et Vienne le Château. Déclenchée à 7h et jusque 11h. Toujours obus T de 150 mm de façon à isoler les 1er lignes par un rideau de gaz lacrymogène. Les Allemands auraient fait 1800 à 2000 prisonniers.

 

Attaque en Champagne, ferme de Beauséjour, le 21 septembre sur les troupes du 37e R.I. (20e C.A.).

L’attaque à été précédée par un tir à obus K à cétones bromées. Les Allemands se sont avancé munis de Gummimaske ou de masque à hyposulfite. Ils auraient fait un trentaine de prisonniers.

 

Attaque en Champagne, dans la vallée de l’Ain, près de Mourmellon. Troupes visées : 7e et 24e D.I., 124e R.I., 101e et 53e R.I..

 

Région de la butte de Tahure, 30 et 31 octobre, sur le 16e, 2e et 28e C.A. (10e, 56e, 80e, 143e, 342e, 328e R.I. et 48e R.A.). L’attaque a commencée le 30 au matin, pendant plusieurs heures. Elle est reprise le 31 mais semble moins violente. Toujours un tir d’obus T de 150 pour créer un barrage isolant les 1er lignes et utilisation de projectiles de Minen de 170 sur les 1er lignes et les réserves. De grosses quantités ont été utilisées ; l’attaque provoqua « beaucoup d’effet moral et physique ». On observe de nombreuses intoxications graves (près de 200 hommes évacués) et au moins 15 décès. Résultats : léger recul des lignes et 1500 disparus.

 

 

 

 

 

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