Vagues francaises

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Les vagues françaises.  

 

Voir également : L'organisation de la réplique française.   

A ce jour, aucune étude sérieuse ne s'est intéressée aux opérations chimiques françaises par vagues gazeuses. Certains travaux prétendent qu'il est impossible de recenser l'ensemble des ces opérations. En effet, il est excessivement difficile et fastidieux de regrouper l'ensemble des sources éparses dans les archives françaises et il reste impossible de mettre ces sources en parallèle à celles allemandes en raison de leur destruction durant la seconde guerre mondiale. L'ensemble des informations regroupées ici sont en grande partie inédites et tentent de mettre en lumière cet aspect si emblématique et si méconnu de la Grande Guerre.

 

 

Ci dessus : Compagnie Z du Génie en exercice. Les bouteilles du type grand modèle, sont groupées sur deux collecteurs à six branche.

 

 

Prologue : L’industrie chimique française et la Guerre à  la veille du 22 avril 1915 ; les raisons du succès du programme chimique militaire et industrielle français.

Dès les premières semaines de campagne, l’invasion allemande du Nord du territoire privait la France d’une partie importante de son patrimoine industriel chimique. Contrairement à l’Allemagne, le gouvernement français pensa à organiser les rapports entre l’Etat et les industrie chimiques et pharmaceutiques au premier jour du conflit.

 La production d’explosifs fut rapidement touchée, celle des poudreries nationales étant largement insuffisante. La rupture des approvisionnements était multifactorielle, mais prévisible ; importation de matières premières d’Allemagne, absence de marchés passés vers d’autres pays, absence de stocks et saisie des usines productrices de matières premières du Nord du Pays par l’ennemi. Dans l’urgence, de nombreux marchés furent passés avec des producteurs privés qui ne manquèrent pas d’imposer leurs conditions de prix.

Le 5 août 1914, fut créé l’Office des Produits Chimiques et Pharmaceutiques ou O.P.C.P., sous la direction du Ministère du commerce. Son rôle était d’assurer les approvisionnements en matières chimiques et leur répartition et contribuer à développer en France la production de ces produits. Monsieur Béhal, professeur à L’Ecole supérieure de Pharmacie de Paris  fut nommé directeur. En janvier 1915, un comité de direction fut nommé, constitué de députés, de chimistes et de professeurs éminents[1]. A la fin du mois de février, plusieurs personnalités rejoignaient le comité de direction de l’O.P.C.P. ; par la suite, toutes jouèrent un rôle important dans les recherches qui concernaient les gaz de combat. La première fut le professeur Albin Haller, éminent pharmacien dirigeant le Service des poudres. Puis Guignard, directeur honoraire de l’Ecole supérieure de pharmacie de Paris, Roux, directeur des services scientifiques et sanitaires et de la répression des fraudes au Ministère de l’Agriculture et enfin monsieur Weiss, conseiller d’état, directeur des mines au ministère des Travaux Publics.

Très rapidement, l’office recruta de nouveaux collaborateurs et Béhal ne cachait pas son objectif : conquérir le marché mondial de la chimie en profitant de la nouvelle économie de guerre qui s’était imposée à la France ; « jamais une occasion aussi favorable ne s’est offerte et très probablement ne s’offrira à la France industrielle de reprendre la place qu’elle occupait autrefois[2] ».  En effet, quelques mois plus tard, la réalisation industrielle nécessaire à la production de milliers de tonnes de gaz de combat, concrétisait les ambitions de Béhal et le renouveau de l’industrie chimique française. En juillet 1915, Cuvelette, nommé à la tête du Matériel Chimique de Guerre, s’exprimait ainsi : « Répondre aux nécessités urgentes de favoriser le développement de l’industrie nationale peut très bien se concilier dans la question du chlore. La grande industrie chimique des matières organiques est à peine existante en France. La fabrication du chlore est donc liée à la question industrielle très vaste et du plus grand intérêt pour l’avenir économique du pays ». 

Le chlore en question devait évidemment être utilisé à la production de vagues gazeuses et de gaz de combat.  Ces rapports étroits, liant les intérêts et pouvoirs publics et politiques aux pouvoirs privés,  dans une recherche de développement de l’industrie chimique, expliqueront  la promptitude avec laquelle le programme industriel de production de gaz de combat fut lancé et réalisé, comme l’absence de débat politique sur l’opportunité des représailles chimiques après le 22 avril 1915.


[1] Monsieur Astier, ancien président de jury international des produits chimiques et pharmaceutiques aux expositions de Londres, Bruxelles, Turin et Gand. Paul Painlevé, membre de l’Institut, député. André Lefèvre, député des Bouches-du-Rhone. Chapsal, directeur au Ministère du commerce et de l’industrie. Lindet, président de la société d’encouragement pour l’industrie nationale. Maquenne, membre de l’institut, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures. Pelletier, Avocat. Vergniaud, auditeur au conseil d’Etat.

[2] Revue des produits chimiques, 15 février 1915.

 

 

 

 

La nécessité de répondre à l'attaque allemande du 22 avril 1915 s'imposa en très peu de temps, mettant de côté toutes considérations morales face à ce mode de combat jugé comme déloyal (voir aussi ci-dessus).

 

Dès le 29 avril 1915, le Général Commandant en chef demanda au Ministre de la Guerre de constituer au plus tôt trois groupes "spéciaux" destinés à la mise en oeuvre des appareils de série Z. 

Les premiers essais de production de vague gazeuse eurent lieu dès le 4 mai 1915. Mais  les difficultés à surmonter furent nombreuses, et tout d’abord d’ordre industriel. Les premiers besoins en chlore liquide étaient fournis principalement par l’Angleterre, l'industrie chimique française étant absolument incapable d'en assumer la production.

Entre-temps, il fallut résoudre un par un, tous les problèmes techniques liés à la production des vagues gazeuses. Les études furent menées par les capitaines Bied-Charreton et Beccat, auxquels les laboratoires de Delépine, Urbain et Kling participèrent. La réalisation pratique de la vague fut étudiée en premier. La nature du gaz utilisé fut déterminée avec précision, en procédant aux essais de différents mélanges. Les conditions météorologiques les plus favorables furent ensuite fixées, avec la création d’ateliers météorologiques attachés aux équipes d’émission. La procédure d’ouverture des cylindres fut analysée pour déterminer par quel procédé obtenir les concentrations maximales (pour plus de précisions, consultez la page : Etudes des vagues gazeuses dérivantes par la section agression de l'IEEC ). Enfin, il fallut répertorier les secteurs se prêtant particulièrement géographiquement à ce type d’opérations.

L’émission des vagues gazeuses dérivantes fut confiée aux unités du Génie. Des unités spéciales ont donc été constituées et appelées compagnies Z. Les autorités militaires françaises souhaitaient mettre en oeuvre leur première opération chimique avant la fin de l'été 1915. Du retard fut pris et la priorité fut donné au chargement des obus chimiques au début du mois de juillet 1915. Les disponibilités en chlore étant excessivement réduites, ce dernier fut utilisé pour la fabrication d'autres toxiques destinés aux obus spéciaux. 

Au mois d'août, tout fut mis en oeuvre de nouveau, pour mener une opération au plus tôt, début septembre si possible. Le personnel fut sélectionné avec le plus grand soin possible, notamment des hommes de la section technique du Génie ;  l'encadrement fut choisit parmi les membres du régiment des sapeurs pompiers de la ville de Paris. Dans la mesure du possible, les hommes choisis s'étaient déjà fait remarquer pour leur sens de la discipline, du dévouement, pour leur calme, leur énergie et leur résistance physique. Les compagnies Z étaient alors considérées comme des un unités d'élite ; en cas de mesure disciplinaire, les sapeurs étaient rétrogradés dans l'infanterie.  La première compagnie était formées au 15 septembre, mais le remplissage des cylindres de chlore ne put débuter qu'au mois d'octobre.

 

Formation des compagnies spéciales de série Z : 

 

Comme nous l’avons vu précédemment, les autorités françaises s’accordèrent sur la nécessité de répliquer le plutôt possible aux allemands. Le 29 avril 1915, le Général Commandant en Chef demanda au Ministre de la Guerre de constituer trois groupes spéciaux (ou compagnies) destinés à la mise en œuvre d’appareils série Z (des cylindre de gaz liquide), en utilisant de préférence le personnel des sapeurs-pompiers de la ville de Paris. Ces trois groupes devaient être par la suite, versés au dépôt du 1er régiment du Génie.

 

Arrivé à la fin du mois de juin 1915, devant la difficulté à se procurer du chlore liquide, il fut décidé de différer l’émission de vague gazeuse pour porter tous les efforts sur le chargement d’obus et de bombes en substances agressives. La création des compagnies Z n’était plus une priorité au début de l’été.  Au courant du mois de juillet, la production d’obus toxique fut planifiée de façon à disposer de stocks dès le début du mois de septembre (le programme fut repoussé et finalement, on ne disposa que d’un type de chargement à la fin de l’été). A la mi-août, la constitution des compagnies Z redevint un sujet préoccupant. Les bouteilles disponibles pour le chargement du chlore étaient alors utilisées au transport de toxiques pour le chargement des munitions d’artillerie chimiques, mais devaient être disponibles d’ici peu. De même, les marchés passés laissaient supposer que la quantité de chlore nécessaire serait également disponible pour cette période. L’idée de trois groupes fut rapidement abandonnée et à la mi-août, c’est finalement le général Chevalier, directeur du Génie, qui décide de la création de deux compagnies, rattachées au dépôt du 22iem bataillon du 1er régiment du Génie, et numérotées 22/31 et 22/32.

 

Le personnel fut finalement sélectionné dans « les dépôts en dehors de ceux de l’artillerie, du génie et à l’exclusion des R.A.T. (Régiments de l’armée Territoriale), de préférence ayant déjà servi sur le front et qui se seraient fait remarquer par leur sang froid et leur énergie et particulièrement résistants, surtout au point de vue respiratoire ». «  Il importe surtout que l’on puisse compter sur des gradés et des hommes choisis ; ils opèreront en effet, dans des conditions tout à fait spéciales ; ils agiront à peu près isolément sur un front très étendu ; la surveillance des gradés sera intermittente ; les hommes livrés à eux-mêmes devront assurer le fonctionnement des appareils en appliquant intégralement la consigne qu’ils auront reçue avant l’action. Il faut donc que l’unité soit constituée par des hommes disciplinés, calmes et dévoués ».  Le souhait du Ministre de la Guerre était de mettre en œuvre les deux compagnies sur le front dès le début de septembre 1915.

 

Courant septembre 1915, les deux premières compagnies étaient enfin formées (la 22/32 fut créée officiellement en novembre 1915) ; elles comprenaient du personnel de la Section Technique du Génie et des hommes des dépôts. Selon le vœux exprimé par le général commandant en chef des armées, l’encadrement était assuré par des membres du régiment des sapeurs-pompiers de la ville de Paris, disponibles au sein du dépôt des compagnies de sapeurs chargés de la mise en œuvre des appareils Schilt (lance-flamme).  Au mois d’octobre, les compagnies Z participent au chargement des premières bouteilles de chlore dans l’usine de « l’acétylène dissous » à Champigny sur Marne.

 

Chaque compagnie se composait d’un état-major et de trois sections, auxquelles fut rattaché un poste de météorologie. En effet, la réussite d’une opération d’émission d’une vague gazeuse dérivante était conditionnée par une multitude de contraintes techniques, mais surtout de contraintes météorologiques. Il était impératif de surveiller, à différents points du front d’émission, de façon préliminaire et lors du déclenchement de l’opération, la vitesse, la régularité et l’orientation des vents.

 

L’ensemble de la compagnie se composait de 5 officiers, les officiers Z, de 22 sous-officiers et de 369 sapeurs.  Fin novembre 1915, une troisième compagnie fut créée, la 22/33, et formée à Satory à partir de janvier 1916 (date réelle de sa création). Par la suite, de nouvelles compagnies furent créées. Le 9 janvier 1916, le général Joffre ordonna la création de trois nouvelles compagnies au sein du 22e bataillon : la 22/34, 22/35 et 22/36.

 

Recommandé par Joffre, le lieutenant-colonel de réserve Soulié fut nommé chef du Service des compagnies Z, par le Ministre de la Guerre, le général Galliéni, en février 1916. En mars 1916, la compagnie dénommée 22/34, était enfin prête à opérer sous le commandement du capitaine Dautel, du 25e bataillon de chasseur.

 

Enfin, le général commandant en Chef décida le 24 mars 1916, d’adopter la numérotation suivante : deux compagnies devaient désormais être attachées à un seul bataillon. Ainsi :

Le 31e bataillon du génie sera composé des compagnies 22/35 et 22/36 qui prendront les noms de compagnie 31/1 et 31/2. Le 32e bataillon du génie sera composé des compagnies 22/32 et 22/33 qui prendront les noms de compagnie 32/1 et 32/2. Le 33e bataillon du génie sera composé des compagnies 22/31 et 22/34 qui prendront les noms de compagnie 33/1 et 33/2. Deux nouvelles compagnies, en formation à cette date, seront dénommées 31/3 et 32/3. Enfin, la compagnie de dépôt portera le nom de compagnie D/31.

De nouvelles compagnies furent créées les mois suivants : la 31/4 en juin 1916. Il existait ainsi à cette date 9 compagnies Z.

 

Le 28 juin 1917, deux groupes furent formés, ayant chacun 2 bataillons à 2 compagnies, dénommés 1er et 2e groupe Z. Le nombre de compagnies fut ramené à 8 par suppression de la 5e compagnie du 31e bataillon. Il fut ainsi constitué dans chaque bataillon, par dissolution de cette compagnie, une section de parc.

Ainsi, en juillet 1917, on compte : 2 groupes Z à 2 bataillons ; chaque bataillon étant constitué de 2 compagnies Z et d’une section de parc, chaque compagnie Z possédant 3 sections et un poste mobile de météorologie.

 

 

 

Dénomination à sa création Date de création Appellation au 24 mars 1916 Appellation à partir de juillet 1917  
22/31 septembre 1915 33/1 Dissoute  
22/32 novembre 1915 32/1 33/1 2e groupe Z
22/33 fin novembre 1915 32/2 34/1 2e groupe Z
22/34 janvier  1916 33/2 34/2 2e groupe Z
22/35 janvier  1916 31/1 31/1 1er groupe Z
22/36 janvier  1916 31/2 31/2 1er groupe Z
31/3 mars 1916 31/3 32/1 1er groupe Z
32/3 mars 1916 32/3 33/2 2e groupe Z
31/4 juin 1916 31/4 32/2 1er groupe Z

 

 

Par exemple, le 33e bataillon comprend la Cie 33/1 (22/32 puis 32/1) et la Cie 33/2 (ex 32/3), 2iem groupe Z.

 

 

 

Les compagnies Z utilisaient trois types de bouteilles : type lourd (70 kg pour 40 kg de gaz, 1,25m de haut), type moyen (50 kg pour 27 kg de gaz, 0,90m de haut), type léger (25 kg pour 15 kg de gaz, 0,75 m de haut).

Pour les opérations avec matériel léger , l’émission pouvait avoir une durée de 5 à 20 minutes suivant la densité de la vague, sur un front de 500 à 600 mètres pour une compagnie (750 bouteilles légères, soit 11,250 tonnes de gaz par compagnie).  

Toutes les bouteilles étaient constituées de tôle d'acier de 4mm d'épaisseur, soudées à l'autogène, portant à leur base une frette servant d'embase au récipient.  Leur diamètre était de 20 cm.

Ces trois types de bouteilles portent à leur partie supérieure un robinet à pointeau et un tube plongeur vissé dans l'oeil du récipient. Le tube plongeur a un diamètre intérieur de 5 mm. Le robinet à pointeau est manoeuvré au moyen d'une clef carrée de 8 mm. 

Pour les opérations avec matériel lourd, une compagnie pouvait faire une émission d’une durée de 1 à 2 heures, suivant la densité de la vague, sur un front minimum de 3 km. On utilisait alors près de 1000 bouteilles par km (40 tonnes/km) ; une compagnie pouvant mettre en œuvre environ 3000 bouteilles. Les bouteilles étaient groupées sur un collecteur en fer, prolongé par un tube d’éjection en plomb se terminant par une lance en fer. Les bouteilles étaient alors dissimulées dans des abris creusés au moins à 2 mètres sous le parapet.

La vague pouvait être rendue opaque par l’adjonction d’un produit fumigène : l’opacite ou chlorure d’étain.  

 

La première opération des compagnies Z devait se réaliser dans l’Aisne, près du mont Têtu. Le lâcher de la vague, programmé pour le 3 décembre 1915, fut repoussé à plusieurs reprises pour finalement être annulé pour des raisons météorologiques et techniques.

 

 

Ci-dessus : Vue d'un collecteur fixé sur un tableau de distribution. Il permet de brancher plusieurs bouteilles sur une seule nourrice d'évacuation. Ci-dessus : bouteille à gaz de type lourd. Elle mesure 1,250m de haut pour 22 cm de large.

 

Très peu de travaux permettent aujourd'hui d'appréhender cet aspect des hostilités du côté français. L'essentiel de ceux qui ont été publiés jusqu'ici sont complètement inexacts et absolument inexploitables tant ils sont truffés d'erreurs. Olivier Lepick, dans son ouvrage La Grande guerre Chimique, dresse pour la première fois un tableau de ces attaques un peu plus précis. Il insiste sur la difficulté à retracer un bilan de ces opérations, les archives allemandes étant malheureusement parties en fumée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les publications les plus récentes jugent l'ensemble du programme chimique français, et particulièrement celui relatif aux attaques par vagues gazeuses, comme médiocre. La réussite des attaques françaises serait limitée par trois facteurs : le tonnage de gaz utilisé pendant ces attaques, l'utilisation de chlore seul et la qualité du masque respiratoire allemand. Une étude plus approfondie de l'ensemble des opérations des compagnies Z permet de confondre ce jugement. La qualité des observations et des études réalisées par l'IEEC ont permis aux services français d'atteindre une maîtrise dans ce domaine, inconnue jusqu'alors. Non seulement, le tonnage utilisé fut dans l'ensemble important et souvent supérieur à celui observé par les Allemands, mais les travaux réalisés sur les facteurs influençant la concentration de la vague, permirent de déterminer les conditions d'émission les plus favorables et d'obtenir des concentrations de toxiques bien plus élevée pour des tonnages identiques. Les conditions météorologiques furent définies avec soin ; vitesse du vent, régularité, mouvements particuliers dans chaque secteur d'émission, tendances générales des vents, vitesse au sol et à plusieurs mètres de haut, heure d'émission, température du sol et différence avec la température ambiante, soleil, humidité... Mais aussi une quantité d'autres facteurs, comme la vitesse d'éjection du gaz en sortie des rampes d'émission, fonction du gaz utilisé, de la contenance des bouteilles, de la température ambiante, du nombre de bouteilles groupées sur une nourrice, ou sur un collecteur, de la longueur du tuyau de la bouteille à la rampe, de sa constitution (diamètre, métal, caoutchouc...), de la profondeur des abris d'émission (facteur pouvant diminuer de moitié la concentration de la vague), et de bien d'autres encore. Selon les études menées par le capitaine Bied Charreton, ces facteurs pouvaient modifier la concentration obtenue d'un facteur de 1 à 10.

 

La décision d'ajouter du phosgène au chlore dans les vagues fut prise le 18 décembre 1915 par le général Commandant en Chef.

 

Contrairement aux unités allemandes, les compagnies Z procédaient à la mise en place des bouteilles chargées de gaz toxique, en les enfouissant dans des abris souterrain, qui les mettaient à l'abri des tirs d'artillerie. Au cours de l'année 1916 et pendant les premières émissions, ces abris étaient peu profonds. Mais l'expérience démontra qu'il était nécessaire d'avoir une couche de terre de plusieurs mètres pour suffisamment protéger les cylindres d'acier. L'aménagement de ces abris fut constamment modifié pour qu'ils puissent accueillir un nombre de bouteilles de plus en plus important.

 

 

Les opérations chimiques : 

 

 

Les opérations étaient en principe à l’initiative des commandants de groupe d’armée, auxquels une compagnie (ou plus) était mise à disposition. L’étude des opérations incombait au commandant du groupe Z ou de la compagnie, ou du bataillon. Il déterminait les zones de terrain où l’opération était envisageable et définissait le plan général.

 

 Ce plan était envoyé au Général Commandant en Chef. Puis, venait l’étude préliminaire et détaillée, avec examen topographique du terrain, détermination du type d’installation à adopter, liaisons téléphoniques à créer, nature et quantité du matériel à prévoir, étude météorologique et probabiliste. Elle donnait lieu à la rédaction d’un projet d’opération, présenté par le chef du groupe Z (ou commandant de compagnie avant leur formation) et soumis à l’approbation du Général Commandant le groupe d’armée qui envoyait au Général en Chef un compte rendu succinct de l’opération projetée.

 

Après approbation, on passait à la préparation. Le chef de bataillon préparait la commande de matériel, le piquetage en ligne des postes d’émission et s’assurait du bon déroulement des travaux et de l’installation. Les bouteilles étaient envoyées par train, réceptionnées à la gare la plus proche du front, et transportées par camion ou par voie de 60 au plus près des lignes. Elles étaient ensuite portées à bras dans les boyaux et tranchées. Puis, un fois les travaux terminés, venait la période d’attente des conditions favorables.

 

Dès qu’elles se présentaient, les compagnies étaient alertées par le commandant de l’unité. L’heure de l’attaque était fixé par le général commandant la division ou le groupe d’armée, sur proposition du commandant de l’unité Z. L’attaque déclenchée, ce dernier en surveillait, minute par minute, en liaison téléphonique constante avec les postes météorologiques et les postes d’émission, le déroulement.

 

En général, deux hommes étaient affectés à chaque poste d'émission. Un caporal surveillait 5 postes, un sergent douze postes, un lieutenant et un adjudant surveillaient 25 postes. Les différentes phases de l'opération se faisaient à des heurs fixées à l'avance, pour éviter l'emploi de signaux qui pourraient donner l'éveil à l'ennemi.

 

Chaque Cie puis chaque groupe Z possédait un poste météorologique. Avant l'opération, il renseignait le commandement sur le régime atmosphérique du moment et celui probable dans les heures à venir. Peu de temps avant l'opération, il faisait des prévisions à courte échéance, pour préciser l'heure à laquelle l'opération pouvait avoir lieu. Pendant l'opération, il suivait à chaque instant l'allure des vents pour permettre au commandement de donner l'ordre d'arrêt si la poursuite de l'opération devenait dangereuse. Deux études étaient systématiquement faites. La première était celle de la situation atmosphérique générale. Deux à trois fois par jour, les postes Z recevaient de toutes les stations météo de France, des pays alliés et des principaux pays neutres, les renseignements concernant la situation et la tendance barométrique, ainsi que l'état du temps à ces postes. Au moyen de ces renseignements, les chefs de poste établissaient les cartes isobariques qui faisaient ressortir les points de basse et haute pression. Ces cartes permettaient, dans une certaine mesure, de prévoir la direction des vents et la vitesse des grands courants aériens. La seconde était l'étude des modifications que subissaient le poste météo et les éléments atmosphériques des lignes. La forme et la nature du terrain avaient une influence considérable sur la vitesse et la direction du vent au contact du sol, et c'est précisément ces conditions qui influençaient la vague à son émission. Il fallait ainsi, par une longue série d'observation quotidienne, poursuivie simultanément au poste météo et dans les tranchées de première ligne, déterminer à quelle vitesse et direction de vent en chaque point de la tranchée, correspondait chaque vitesse et direction de vent lues au poste météo.  Toutes ces observations permettaient d'établir des tables de correspondance qui permettaient de déduire d'une lecture faite au poste, une vitesse et une direction réelle de vent au parapet de la tranchée d'émission. 

 

Les balbutiements des premières opérations : 

 

La compagnie 22/32 embarquait le 3 novembre 1915 de la gare des matelots pour la Champagne. Sur place, elle procéda à l’instruction des renforts qui finissaient de rejoindre la compagnie, et à diverses reconnaissances. Le choix du site pour la première émission fut retenu le 16 novembre : le mont 180, entre le mont Têtu et la butte de Mesnil. Les travaux d’aménagement débutèrent le 18 ; les abris furent creusés sous le parapet de la tranchée, sous forme de niches d’émission, peu profondes.

 

Mais rapidement, les conditions de travail devaient se détériorer. Le gel et dégel successif et la pluie éboulaient les niches aménagées. L’accès aux premières lignes devenait très compliqué au milieu de tranchées effondrées par les conditions météorologiques et les bombardements. Puis, les sacs de terre et le matériel de boisage finirent par disparaître au profit des troupes d’infanterie qui n’hésitaient pas à piller les abris. Des sapeurs furent blessés par les bombardements incessants.

 

Enfin, le portage des bouteilles en première ligne débuta le 29 novembre. 500 bouteilles furent amenées à destination dans des conditions difficiles, de nuit. La fin du transport devait avoir lieu dans la nuit du 2 décembre ; les hommes partirent avec leur chargement de l’index à 18 heure. Mais les porteurs, après avoir lutté jusqu’à 4 heure du matin, durent abandonner leurs bouteilles où elles se trouvaient. Plusieurs s’étaient cassés une jambe, démis l’épaule, ou avaient été blessé par les bombardements. Il fallut trois nuits pour rassembler les bouteilles laissées éparses sur le terrain. Le 7 décembre, la compagnie fut contrainte de réparer toutes les niches d’émission, détruites par le mauvais temps. Le 9, tout était enfin prêt et la compagnie, très éprouvée, prit position en première ligne dans l’attente de conditions favorables. Le 11, un renfort de la compagnie 22/31 arrivait pour remplacer la centaine d’hommes évacués depuis les jours derniers. Les conditions étaient toujours déplorables. Le 11, à minuit, l’ordre fut donné de mettre les bouteilles en batterie et de fixer la tubulure ; l’émission devait être imminente. De nombreuses bouteilles fuyaient, le matériel avait été très éprouvé, tant et si bien que dans la confusion la plus complète, l’opération fut purement et simplement annulée.

 

Dans les jours suivant, l’état du matériel fut de nouveau évalué, et devant les réparations à effectuer, l’opération fut définitivement abandonnée. Le 17 novembre, la compagnie recevait l’ordre de changer de secteur. C’est donc  une méconnaissance complète de la complexité de la mise en œuvre de ces opérations qui serra la cause de l’avortement de la première émission gazeuse française.

 

La compagnie 22/31 est formée à Satory le 5 septembre 1915 ; le capitaine Grisard en prend le commandement le 1er octobre. Le 1er décembre 1915, la compagnie 22/31, sous les ordres du commandant Grisard, reçue l’ordre de rejoindre la région des Vosges pour préparer une opération spéciale. Mais ce n’est qu’une fraction de la compagnie, un détachement de reconnaissance, prélevé sur l’effectif total, qui se rend en ce début de décembre dans le secteur. La compagnie au complet n’arrive dans les Vosges qu’à partir du 16 décembre, pour un déclenchement de l’opération prévu à la fin du mois. Ainsi, le 16 décembre, la compagnie Z 22/31 (bientôt renommée Z 33/1) rejoint la vallée de la Thur, au nord de Thann, dans le secteur de la 66e D.I.. La préparation de l’opération fut plus longue que prévu et il semble que les préparatifs ne furent achevés qu’au 20 janvier 1916.

Malheureusement, l’arrivée du matériel spécial et son transport, l’indiscrétion des troupes ne permirent pas de préserver le secret de l’opération. Il s’en suivi un énervement général de la population et du commandement. Cette situation fut connue du Président de la République, Raymond Poincaré, en voyage dans la région, puis par différents membres du gouvernement. Ils firent remarquer que des populations civiles françaises importantes vivaient à proximité de la ligne d’émission et que la nappe de gaz ne manquerait pas de provoquer des pertes parmi ces civils français. Il semble que Poincaré intervint personnellement pour empêcher l’opération, en jugeant la perte de populations civiles françaises comme intolérable. Les militaires français jugèrent que l’opération ne pouvait avoir lieu sans évacuation de la ville de Thann, ce qui ne semblai pas réalisable.

A la date du 30 janvier, la compagnie Z reçue l’ordre de se tenir prête à opérer.  On remarqua alors dans les tranchées ennemies, des essais de rampes de feu destinées à la protection contre les gaz  ; l’opération était donc connue également de l’ennemi et fut finalement ajournée.

La compagnie fut alors dirigée vers le Thillot, mais le matériel arrivé en pleine nuit fut installé tout près de la gare, à la vue de tous les voyageurs. En hâte, des bâches furent demandées au commandant du cantonnement de la gare, qui refusa...

Les conclusions sur les préparatifs des opérations spéciales furent rapidement tirées : « une compagnies Z arrivant dans un secteur ne doit pas être astreinte aux mêmes démarches qu’une unité quelconque sous peine d’attirer l’attention et de compromettre l’opération projetée (…) ; elle doit être isolée le plus possible de tout autre troupe ou de civils (…) ; le matériel qui doit rejoindre le plus tard possible la compagnie, doit être transporté de la gare aux abris d’attente la nuit ».  Suite à l’échec de l’opération de Thann, le commandant Chevalier fut remplacé par le chef de bataillon Bloch, commandant le génie de la 129e D.I.. Puis le capitaine Franceschi fut nommé pour remplacer le capitaine Grisard, à la tête de la compagnie 22/31. Le 28 avril, la compagnie 22/31 reçut l’ordre de s’installer dans la région du Violu.

 

La première opération ayant effectivement été réalisée se déroula au nord de Reims, à La Neuville-Le Godat, le 14 février 1916 . Contrairement à ce qui est fréquemment reporté, cette opération fut de grande envergure , 2700 bouteilles contenant 108 tonnes de chlore ayant été placées en ligne. Au final,  90 tonnes de chlore sur 2,2km de front seront utilisés pour l'opération, soit un tonnage de 40 tonnes par km, un tonnage plus important que celui des vagues allemandes de l'année 1915 et sur un adversaire qui possède un appareil de protection nettement moins efficace que celui des troupes françaises (voir l'historique de la compagnie 22/33). Par ailleurs, et toujours en opposition à ce que l'ensemble des auteurs ont pu décrire jusqu'ici, ces opérations sont presque toutes d'envergure importante, comme le laisse voir le tableau ci-dessous.

 

Les premières opérations sont l'occasion de nombreux essais, la technique et l'organisation se développant au fur et à mesure des émissions. Rapidement, les bouteilles sont protégées dans des abris creusés sous le parapet de la tranchée, abris qui seront creusés de plus en plus profondément et qui abriteront un nombre de bouteilles de plus en plus important. Dans la majeure partie des opérations par matériel lourd, les abris sont séparés d'une distance d'une vingtaine de mètres. Les tuyauteries en caoutchouc sont remplacées par de collecteurs métalliques sur lesquels ont dispose 3, puis 6,12 et  enfin 18 bouteilles. La première émission réalisée par matériel léger se déroule le 3 juin 1916, au Violu, sur un terrain à priori impraticable pour ce genre d'opération. Très rapide à mettre en oeuvre, ce type d'émission devait surprendre l'adversaire dans des secteurs réputés à l'abri d'attaques par vague. Les documents saisis sur des prisonniers allemands mettront en lumière la crainte que les troupes ennemies pouvaient avoir devant ce type d'attaque, où aucun secteur ne pouvait être épargné. De fait, ce type d'opération fut l'objet d'études et d'instructions particulières, de façon à se développer dès la fin de l'année 1916. Malgré un tonnage faible et une largeur de front réduite, les conditions d'émission permettaient d'obtenir des résultats probants tout en harcelant l'adversaire. L'inconvénient majeur était la dangerosité et la vulnérabilité ; la dernière de ces opérations se soldera par l'intoxication de près de la moitié de la Cie et le décès de 79 sapeurs.

 

Au cours de l'année 1916, les émissions furent concentrées sur quelques secteurs géographique. La région au nord de Roye, coupée en deux une petite rivière de Picardie, la Avre, fut l'objet de plus de 50 lâchers de gaz contre les troupes allemandes, dans le cadre de 11 opérations successives menées par le 31e bataillon du génie. Ces attaques locales, planifiées dans le cadre de la grande offensive franco-britannique de la Somme, avaient pour objet de harceler l'adversaire, de lui causer le plus de pertes possible et surtout de l'obliger à maintenir sur ce front une quantité de troupe importante, en lui faisant craindre une action offensive sur ce secteur à la limite de la grande offensive. Ces troupes allemandes, maintenues dans un secteur qui s'avèrera stratégiquement insignifiant, manquèrent sur le front de la bataille qui se jouait à quelques kilomètres de là.

La diversité du type d'opérations menées par les unités Z est tellement étendue qu'il est très délicat d'en faire une synthèse. Les velléités offensives des opérations chimiques, telles qu'elles avaient été envisagée aux prémices de la réplique alliée, furent revues très largement à la baisse. Et même, lors des préparatifs de la première opération préparée par la Cie 22/32, il n'était absolument plus question de percer le front, ni même de lancer une offensive limitée, à la suite d'un lâcher de gaz. Le but de ce type d'opération est pratiquement constant tout au long du conflit ; harceler l'adversaire, lui provoquer des pertes, fixer ses réserves sur des points du front sans intérêt stratégique, le contraindre à une défense passive en tous lieux et tous points du front, le démoraliser... A certaines occasions, les lâchers de gaz pouvaient avoir pour objectif de forcer la résistance de certaines parties du front, sur des objectifs restreins et dans le cadre d'opérations limitées. Très souvent, ces opérations étaient suivies de coups de mains, organisés par les troupes occupant le secteur et souvent avec l'aide de sapeurs volontaires des Cies Z. Ils étaient l'occasion de cueillir des renseignements chez l'adversaire et de se rendre compte de l'efficacité des vagues gazeuses. En 1916, ils étaient fréquemment lancés après la dernière vague ; l'ennemie qui était souvent aux aguets et les tirs de représailles de l'artillerie allemande rendaient ces missions très périlleuses. Parfois, les hommes n'avaient même pas l'occasion de quitter les lignes françaises tant la densité du feu ennemi était importante. A partir de 1917, on choisit souvent d'attendre avant d'envoyer les troupes opérer ces coups de mains. Parfois, ils avaient lieu un, deux ou trois jours après l'opération. Les prisonniers recueillis étaient alors plus à même de fournir des renseignements sur les effets des gaz. 

Tout au long du conflit, de nombreuses stratégies furent élaborées pour surprendre les Allemands lors des émissions. La première vague était souvent claire, de concentration importante pour causer le maximum de pertes. Les chefs de bataillon planifiaient parfois un deuxième lâcher dans les deux minutes suivantes, à l'aide d'une vague opaque. Malheur à celui qui n'avait pas son appareil de protection directement sous la main. En plus de l'atmosphère toxique qui envahissait la tranchée, la visibilité tombait alors à quelques centimètres au bout de 2 minutes et pouvait provoquer un véritable mouvement de panique. Toutes les combinaisons possibles furent essayées, de façon à ne jamais renouveler un plan d'opération (voir le détails des opérations).

Au final, il est frappant de constater avec quelle détermination les services chimiques français se sont consacré à la technique des vagues gazeuses dérivantes, sans entraver le développement d'autres techniques comme celle de l'artillerie. Les troupes allemandes et anglaises se contentaient de porter en ligne des milliers de cylindres, de les enterrer au deux tiers et d'ouvrir les pointeaux au moment opportun ; l'évacuation se faisait par un simple tuyau de caoutchouc qui était fixé sur le bord de la tranchée. De leurs côté, l'organisation des émissions par les Cies Z devint de plus en plus complexe. Les postes d'émission des opérations par matériel lourd étaient protégés par plusieurs mètres de terre et regroupaient parfois des dizaines de bouteilles, montées sur des collecteurs avec des nourrices métalliques calibrées. Rien n'était laissé au hasard et tout avait été déterminé pour une efficacité maximale (voir la partie Etude et la partie Technique) . Les différents secteurs d'émission étaient tous reliés par ligne téléphonique au PC de la Cie ou au PC de commandement. Les lignes téléphoniques étaient souvent doublées par des lignes de secours. En plus d'un poste météorologique placé en arrière du front, différents opérateurs météo communiquaient en temps réel leurs informations au PC, tous les jours, ainsi que pendant toute la durée des opérations. La direction des vents et leur vitesse étaient analysées en temps réel lors des émissions ; le commandant de la Cie pouvait (ce qui se fit fréquemment) arrêter à tous moment un poste ou un groupe de postes d'émission, qui pouvait présenter un risque en raison de conditions météo défavorables. Malgré toutes ces précautions, les intoxications dans les rangs des manipulateurs des Cies Z étaient fréquentes. On imagine donc aisément qu'elles furent encore plus nombreuses au sein des troupes allemandes qui n'avaient pas mis en place de système si complet de précautions.

 

 

 

Date

Front d’émission

Nature de l’émission

Corps allemands paraissant avoir subi l’attaque

Observations

14 février1916

Secteur de Reims

La Neuville le Godat

4h30-5h50, front de 2200 m  

1h00 d'émission entrecoupée de deux pauses.

Chlore  

90 tonnes

40 t/km

 

32e Div

 

22/33(32/2)

25 mars 1916

Secteur de la Pompelle

23h00-23h30  23h45-00h05, front de 2800 m

Chlore  

72 tonnes

25t/km

4e Div

39 intoxications dans les unités Z, 75 au total.

22/32 (32/1)

13 avril 1916

Secteur de Compiègne

Ferme de Quennevières, Boyau du peintre (Compiègne),2h30-4h00

Front de 2600 m

Chlore

103 tonnes  

40t/km

1,25tonnes/minutes/km de front sur 30 minutes consécutives.

16e Div de réserve

 

22/35 (31/1) et 22/36 (31/2)

 

3 juin 1916 Au Violu (Vosges) Opération par matériel léger, près de 400 bouteilles Opération interrompue 33/1 (ex 22/31)

4 juin 1916

Secteur de Reims

Secteur Les Marquises

22h00-23h00  

Front de près de 3000 m

Chlore  

72 tonnes

23t/km

103e Div

14 intoxications dans les unités Z

32/3

13 juin 1916

Secteur de Reims

La Neuville Le godat

Chlore

35 tonnes

 

32e Div, 12e Btn de chasseurs

 

22/33(32/2)

28 juin 1916

Région nord de Roye (Somme)

Fouquescourt-Parvillers-Andèchy

Front de 7100m

Chlore

220 tonnes

31t/km

36e Div

 

31/1 et 31/3

5 juillet 1916

Région nord de Roye (Somme)

Lihons-Maucourt

35e Div

Opération interrompue ; 62 intoxications dans l’unité Z et 8 morts.

31/4 (deviendra 32/2)

12 juillet 1916

Région nord de Roye (Somme)

Secteur Echelle Saint-Aurin-Dancourt-calvaire de Beuvraignes

Front de 5400 m

Chlore

130 tonnes  

24t/km

2e Div de la Garde

 

31/2 : 76 tonnes

14 août 1916

Région nord de Roye (Somme)

Secteur Echelle Saint-Aurin-Dancourt-route de Tilloloy à Roye

Front de 3800 m

Chlore

110 tonnes (57 + 53) tonnes

29t/km

11e Div de réserve

 

31/2 (57t) et 33/1 (53t)

15 août 1916

Région nord-est de Compiègne

Secteur sud-ouest de Moulin-s/-Touvent

Front de 2200 m

Chlore

40 tonnes  

18t/km

16e Div de réserve

 

31/4 (située à gauche de la 31/1, qui attendra le 4 octobre pour déclencher son opération)

25 août 1916

Ferme de Navarin  

Front évalué à 12 000m

Chlore

420 tonnes ?

38t/km

9e et 10e Div de réserve

 

22/32 (32/1) : 84 tonnes sur près de 2200 m ; 38t/km

32/3 : 103 tonnes sur près de 3km ; 35t/km

22/34 : 52 tonnes

13 septembre 1916

Région nord de Roye (Somme)

Route d’Amiens à Roye et Andechy

Front de 2400 m

Chlore

40 tonnes  

16t/km

8e Div de réserve Bav

 

31/3

4 octobre 1916

Secteur de Compiègne

Secteur Ferme de Quennevières Boyau Duplessis

Front de 2750 m

 

60 tonnes  

22t/km

45e Div de réserve

7 intoxications dans l’unité Z

31/1

6 octobre 1916

Secteur  Somme-Suippes, Perthes, du boyau Jousset dans la tranchée Wombey, au saillant ouest du bois du coucou, du boyau chabannais à la tranchée Fleurus.

Chlore

128 tonnes

42t/km

52e Div de réserve

 

22/33(32/2)

28 octobre 1916

Région nord de Roye (Somme)

Secteur Echelle-Saint-Aurin-Dancourt

Front de 2100 m + 1100 m

Chlore-phosgène

155 tonnes  

47t/km

2e Div de la Garde

 

31/4 (deviendra 32/2) : 59 tonnes

33/1 : 96 tonnes

8 novembre 1916

Secteur de la Harazée

Matériel léger

19e Div de réserve

 

23 novembre 1916

Secteur de Saint-Souplet

Chlore-phosgène

130 tonnes

10e Div erzatz

 

32/3

25 novembre 1916

idem

 

Idem

 

5 décembre 1916

Région nord de Roye (Somme)

Fouquescourt-Andéchy  

Front d'environ 6000m

Chlore-phosgène

212 tonnes  

35 t/km

15e Div de réserve

6 intoxications

31/3 : 106 tonnes

31/2 : 106 tonnes

12 décembre 1916

Secteur sud-ouest de Moulins-s/-Touvent

 

 

213e Div

 

12 décembre 1916

Secteur de Bailly

Front de 500 m

Matériel léger

212e Rgt de réserve

 

20 décembre 1916

Secteur au nord de Vingré

Front de 2200 m

Chlore-phosgène

80 tonnes  

36t/km

9e Div

4 intoxications

31/4 (deviendra 32/2)

22 décembre 1916

Région nord de Roye (Somme)

Secteur Dancourt bois D

Front de 2750 m

 

100 tonnes  

36t/km

23e Div

 

33/1

23 décembre 1916

Région nord de Roye (Somme)

Secteur Dancourt bois D

Front de 2750 m

 

23e Div

 Suite de l'opération de la veille

33/1

31 décembre 1916

Secteur de Tahure

Chlore (puis chlore + opacite) : 9 tonnes (matériel léger)

Phosgène : 1,6 tonnes (matériel 1/2 lourd).

 

263e Rgt, 239e Rgt, 240e Rgt

 

22/33(32/2)

16 février 1917

21h00

Secteur de Sainte-Marie à Py-Saint-Souplet, à l’est de la route Saint-Hilaire-le-Grand-Saint Souplet

Front de 1450 m, une vague 21h à22h30

Chlore + Phosgène + Opacite  

127 tonnes

Matériel lourd  

90t/km

25e Div de réserve

26 intoxications

32/3

17 février 1917

1h00

Secteur d’Auberive, à cheval sur la route de Mourmelon-le-Grand à Auberive, secteur Russe

Front de 1400 m

Chlore + Phosgène

Matériel lourd  

128+16 tonnes

100t/km

212e Div de réserve

Interrompue par une saute de vent, seulement 319 bouteilles ouvertes

22/32 (32/1)

29 mars 1917

5h00

Idem

Chlore + Opacite + Phosgène en 2 vagues

Matériel lourd 3800 bouteilles

144 tonnes

100t/km

212 Div de réserve

 

22/32 (32/1)

1er avril 1917

0h00

Bois Brûlé, forêt d’Apremont

Front de 600 m

1er vague 0h00 à 0h08, Chlore + Opacite

2e vague : 1h30 à 1h40, Chlore + Phosgène + Opacite  

28t/km

1er Div Bav

 

12 avril 1917

2h00-2h15

Secteur de La Harazée Matériel léger

12 tonnes 

Une vague

33/2

31 mai 1917

22h30

Secteur de Nieuport, entre la côte et le canal de Plaschenaele

Front de 2650 m

de 22h30 à 23h30

126 tonnes  

48t/km

1er Div Maritime

Front non continu en raison des Polders.

30 intoxications

 

31/1 62 tonnes

31/2 : 64 tonnes

4 juin 1917

0h45

Idem

Front utile 1200 m (?)

Une vague Chlore + Phosgène avec matériel léger à 0h45

7,2 tonnes pour la Cie 31/1 et sensiblement le même tonnage pour 31/2

idem

Idem

31/1 et 31/2
22 juin 1917

 

Secteur de Troyon, bois des chevaliers. 1er vague 0h30

2e vague : 2h00

Chlore + phosgène +opacite 12 tonnes

Matériel léger

22/33

25 juin 1917

Opération de la Grotte du dragon

Chlore-phosgène

31/4 (deviendra 32/2)

11 juillet 1917

1h30

Secteur de Troyon, Bois de Saint-Remy au sud de la route de Mouilly à Saint-Remy

Front de 350 m

Une vague Chlore + phosgène + opacite de 15 min.  

12 tonnes

34t/km

Matériel léger

8e Div de Ldw

 

22/33

11 juillet 1917

1h30

Secteur de Troyon, Bois Bouchot, en avant de Vaux-les-Palameix

Front de 400 m

1er vague : 1h30 à 1h38, Chlore + phosgène

2e vague : 2h30 à 2h36, Chlore + opacite  

12 tonnes

30t/km

Matériel léger

45e Div de réserve

 

22/33

19 juillet 1917

La Harazée

Front de 400 m

Une vague Chlore + phosgène + Opacite de 1h00 à 1h12

Matériel lourd  

30 tonnes

75 t/km

2e Div Bav

 

34/2 (ex33/2)

24 juillet 1917

Urvillers

 

 

 

24 août 1917

Saint-Quentin, saillant de Rocourt, saillant côte 116

Front de 10 000 m

380 tonnes  

38t/km

25e Div de réserve

75 intoxications dont 1 mort.

32/2 (ex 31/4) : 95 tonnes

31/1 : 84 tonnes

9 septembre 1917

Creute du Panthéon

 

 

 

14 septembre 1917

Seicheprey, bois de Mort Mare

 

1er vague : 2h30

2e v

40 tonnes Chlore + opacite + phosgène

 

 

22/33 et 22/34

3 octobre 1917

Fey en Haye  

Front de 1000m

Chlore + phosgène  

 

 

22/32 (32/1) et 32/3

14 octobre 1917

Marvoisin

Front de 400 m

Matériel léger

7 tonnes  

17t/km

 

 

22/34

30 octobre 1917

Fey en Haye

Front de 1200 m

80 tonnes  

66t/km

 

 

24 novembre 1917

Secteur sud-ouest de Juvincourt, Ville au Bois

Matériel léger

15 tonnes chlore phosgène

 

Renforcée par un tir de 500 bombes de projecteurs

31/4(32/2) et 31/3 (32/1) et 31/2

27 novembre 1917

Seicheprey, bois de Faye de Chenevières, bois de Remières

Front de 300 m

14 tonnes  

46t/km

 

 

34/2

9 décembre 1917

Bois de Mortmare

Front de 750 m

Matériel léger

3 front différents

18 tonnes de chlore-phosgène et chlore-phosgène-opacite.

24t/km sur 5 et 10 minutes.

 

 

 

34/2

6 janvier 1918

Fey en Haye

Front de 1200 m

50 tonnes  

41t/km

 

19 intoxications

10 janvier 1918

Secteur de Reillon-Saint-Martin

Front de 3000 m

174 tonnes chlore-phosgène-chloropicrine

58t/km

 

12 intoxications dont 3 morts.

19 janvier 1918

Secteur de Veho

Front de 750 m

9 tonnes  

12t/km

 

6 intoxiqués

33/1

9 février 1918

Secteur de Badonviller, ferme du Malgrejean

 

 

 

34/2

19 mars 1918

Bois Banal

Front de 1200 m

 

Émission à 23h30

Chlore-phosgène-opacite

Type lourd et léger

45 tonnes  

37t/km

 

 

33/1
13 mai 1918 Mont sans Nom Matériel léger

7,5 tonnes de phosgène.

 

79 décès et 73 intoxications grâves. 31/1

 

 

Ci dessus ; essais français d'émission de vagues de gaz et de fumigènes. Ci dessus : Poste de vidange des bouteilles de phosgène, dans l'atelier du MCG à Juvisy-sur-Orge. Les français décident d'utiliser le redoutable mélange de chlore et de phosgène pour l'émission de vagues dès décembre 1915. Il faudra cependant attendre la seconde moitié de 1916 pour qu'il soit utilisé, le temps que les compagnies Z aient acquis une expérience suffisante dans le maniement des cylindres de gaz.

 

 

 

 

 

 

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